Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 12:40

Teruhisa Suzuki taquine la membrane

poreuse qui nous sépare du monde et nous

y relie, Irène Le Goaster y plonger le fer.

Plus que jamais sans doute, au moins

avec la conscience nouvelle que nous en

avons, le sentiment nous travaille d’une fraternité

perdue avec la nature. Le paysage,

longtemps dans l’art, prenait en charge la

tâche de nous en consoler. Pour Rembrandt,

pour Ruysdael pour les Romantiques,

l’arbre en était l’emblème. Parce que                                                           

le sentiment de la perte est plus vif aujourd’hui,

plus dramatique, la distance de

la représentation n’assouvit plus ce besoin

nécessaire de renouer le lien avec lui, d’en

embrasser la force et la fragilité, d’en partager

la constance et l’immobilité changeante,

d’épouser le cycle des parures qui

le marie aux saisons, d’y chercher des

racines qu’on aimerait dire fraternelles.

Guiseppe Penone a trouvé les gestes

pour cette accolade. Irène Le Goaster, l’embrasse

avec force, le pénètre, le fend, avec

délice avec amour.

Comment rendre acceptables les traces

de ces ébats, le labour des griffures, la souillure

des humeurs ? Comment rendre grâce

à la chair, (Irène parle de matière, d’énergie),

sans l’exhiber, sans indécence, sans renier

le plaisir, sans avouer qu’on s’est

abandonné qu’on y retournera parce que

l’essentiel nous a encore échappé ?

La brûlure cosmétique, le maquillage de

la ponceuse témoignent de ces étreintes

plus qu’ils ne les masquent. Les marques

des outils parlent encore d’un sanglot, d’un

tremblement d’un gémissement qui auraient

échappé à la maîtrise du geste à

l’élan du dessin.

À pénétrer un corps étranger on prend

le risque des échardes et le goût d’y

revenir.

Pour la griserie de quelle petite mort ?

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by irène le goaster
commenter cet article

commentaires